Peindre le miroir ?

Autoportraits et identité dans l'oeuvre de C.C.Olsommer et de Céline Salamin.
Du 27 janvier au 2 octobre 2012.

Peindre le miroir ? est une expostion centrée sur l'étude de l'autoportrait et le thème de l'identité, abordés dans l'oeuvre de Charles Clos Olsommer (1883-1966) et dans les créations de l'artiste valaisanne Céline Salamin (1977).  


Peindre le miroir?

Réaliser son autoportrait implique un acte créateur réflexif. Se représenter, pour l'artiste, n'est-ce donc que retranscrire sur un support l'image reflétée? Peindre le miroir? Certainement pas, tant cette sorte de signature est multiple, par essence et dans ce qu'elle implique. L'autoportrait peut être, en effet, représentation physique, identitaire ou psychologique, l'une n'excluant pas l'autre. Il porte également en lui une intention de communication, en tant qu'instrument de connaissance de soi ou de reconnaissance de soi par autrui.

    C.C.Olsommer

L'autoportrait comme journal autobiographique

Olsommer a réalisé des autoportraits tout au long de sa vie, comme un double en images des écrits de ses carnets intimes. Ces représentations de soi, pensées comme journal autobiographique, nous donnent à voir le cours d'une vie, mais aussi les différents états introspectifs du peintre.

A la première tendance appartiennent les autoportraits où l'artiste se dessine dans des activités qui relèvent de son quotidien, en motocycliste ou en fumeur, coiffé très souvent d'un de ses innombrables couvre-chefs, bonnet ou kalpak bulgare. Au travers de ses représentations de soi, Olsommer déroule le ruban temporel de son existence, aux extrémités duquel se trouvent ses autoportraits de jeunesse, marqués du sceau de l'Art Nouveau, dont il a été imprégné lors de ses études à Münich, ainsi que ses autoportraits de vieillesse, privilégiant un style graphique plus assourdi, parfois jusqu'à l'effacement, comme pour signifier l'imminence de la fin. A l'âge de maturité, Olsommer se dessine dans des autoportraits doubles, en compagnie de Veska, son épouse. Cette dernière y apparaît soudée à son époux, vécue et montrée comme constitutive de lui-même. Elle a été modèle physique et muse spirituelle, son mysticisme a influencé en profondeur la vie et l'oeuvre du peintre. Il lui dit d'ailleurs, au soir de sa vie: "Tu es le seul être au monde de qui j'ai toujours, totalement, dépendu".

A la seconde tendance appartiennent les autoportraits où l'artiste témoigne de son goût pour l'introspection et le symbole. Dans ces oeuvres, le traitement de l'arrière-plan, délimité verticalement de part et d'autre par différents artifices de composition, évoque une sorte de "fenêtre mentale", qui sert de toile de fond réelle et symbolique à la figure de l'artiste. Ce paysage est constitué d'arbres sans feuilles aux troncs tortueux, de rochers et parfois d'un plan d'eau. Ces éléments, posés sur le papier à l'état de signes, nous disent le monde intérieur du peintre: la communion mystique, aux accents panthéistes, avec l'austère nature, mais aussi la tension entre la pesanteur et la grâce, subie comme une quête solitaire, et la volonté de transcender la matière afin de devenir "un pur esprit".

Olsommer recourt en outre à d'autres éléments qui soulignent et renforcent l'évocation de cet univers intérieur. Il annote certains autoportraits, se décrivant comme "ascète" ou"solitaire Clos". Il se pare parfois d'un nimbe, comme le signe ostensible de son aura mystique. Sa tête est tantôt présentée de face ou de trois quarts, souvent inclinée sur le côté, parfois soutenue par une main sous le menton, les yeux dans le lointain, tantôt de profil, le regard projeté hors du tableau, empêchant toute interaction entre le spectateur et son image. Bien que différentes, toutes ces configurations décrivent le monologue intérieur.

Le métier de peintre et la postérité

S'inscrivant dans une longue tradition, Olsommer se représente parfois avec l'outil de son métier, le pinceau, perçu comme l'attribut de sa qualification personnelle. Paradoxalement, il reste l'artiste des techniques du dessin plutôt que de la peinture, mais il ne se donne pas à voir avec une plume ou un crayon. Il suit peut-être le mouvement amorcé dès le 18ème siècle, à partir duquel la qualification de "peintre" se renforce, au détriment de celle d' "artiste appréciant le dessin" des siècles précédents.

Olsommer réalise-t-il ces autoportraits au pinceau dans le but de nous montrer sa "maestria", en d'autres termes sa maîtrise technique? Rien ne semble jamais acquis pour l'artiste, même s'il affiche sa certitude, dans ses carnets intimes, de laisser une trace pour la postérité. Il travaille avec acharnement tout au long de sa vie, afin d'améliorer sans cesse le rendu de ses compositions, toujours tendu vers la réalisation de "l'oeuvre ultime", celle qui conviendrait à sa soif de reconnaissance et d'absolu. A cette quête incessante font écho les différentes signatures - autres évocations de son moi - qu'il utilise au fil de son oeuvre, sans jamais en privilégier aucune. Au travers de ses diverses signatures, de ses autoportraits et de ses carnets intimes, l'artiste nous livre un portrait de lui-même tout en nuances, jamais figé, semblable aux reflets d'un jeu de miroirs infini.

    Céline Salamin

Identité et autoportraits

Artiste contemporaine sierroise, Céline Salamin explore depuis plusieurs années le thème de l'identité. Fidèle à son approche figurative, d'un réalisme quasi photographique, l'artiste procède par séries, comme un fil rouge qui sous-tend l'entier de son oeuvre: trois mains, quinze couples de nez, deux cent cinquante oreilles et vingt nombrils. Autant d'évocations sérielles devant lesquelles l'oeil du spectateur peut à l'envi passer du générique de la série au particulier d'une seule toile, de l'universalité de l'oreille à la singularité d'une oreille. Dans un mouvement similaire, l'artiste, par un usage subtil de la synecdoque, nous invite à passer mentalement du détail anatomique peint à l'entier d'un corps imaginé. L'art de suggérer le tout par la partie.

Souvent, Céline Salamin se glisse incognito dans ces séries, une parmi les autres, sous la forme d'un autoportrait détourné. Le groupe des Mains revêt une dimension supplémentaire car, à chaque fois, elle y représente ses propres mains, mais dans la position héritée des autoportraits de maîtres du passé - clin d'oeil ou hommage au métier de peintre, par la mise en exergue des outils de création sur la toile nue. A nouveau, l'artiste y témoigne de cette manière de se dire à demi-mot, en touchant à l'essentiel. Cette évocation de soi à peine suggérée se retrouve également dans L'Autoportrait au bouton pression, où l'artiste apparaît dans le reflet du bouton, détail infime entre les plis de sa blouse de travail.

A côté de ces autoportraits détournés, Céline Salamin se  montre à visage découvert, mais en jouant sur la temporalité: temps long, jalonné de réalisations ponctuelles, pour marquer ses 30, puis ses 35 ans, ou temps court de la série des Autoportraits aux lunettes, exécutée en l'espace de quelques semaines. Les supports et la technique utilisés varient sensiblement selon qu'il s'agisse de représentations détournées ou non. Economie de moyens, huile sur toile aux tons sourds, presque poudrés, caractérisent les premières, alors que les secondes interpellent par leurs couleurs vives et tranchées, acryl ou huile jetés sur divers supports, du carton, de la toile tendue sur châssis, du tissu fleuri encollé ou de la toile dans un cercle à broder. Multiples facettes d'une artiste plurielle qui n'est, chaque fois, ni tout à fait pareille, ni tout à fait une autre...

 


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