- Textes et carnets intimes présentés à l'exposition

 

 Veska mystique

 

Au début de leur rencontre, c’est C.C.O. qui amène peu à peu Veska, chrétienne orthodoxe, à la religion catholique. Passionnée dans ses convictions, elle « découvre par la religion catholique la vérité qui va lui permettre de libérer les forces profondes de sa nature ».

Dans les années 30-40, la spiritualité de Veska devient plus écclesiale. De nature active, elle a besoin d’agir, par l’acte intérieur qui mobilise vers la plénitude divine. Elle adhère à la religion catholique non par l’idée, mais par le coeur, l’âme et l’esprit : la confession, la communion, la messe sont pour elle sacrés. Pour se donner à Dieu, elle emprunte un chemin qui comporte plusieurs étapes : le Recueillement ou la vie intérieure, l’Elévation ou la prière, et la Communion ou la vie en Dieu avec le Christ et la Vierge. Disciple de Ste Thérèse et de saint Jean de la Croix, la lecture des textes religieux anime son expression corporelle et son visage. A l’église, elle prie ostensiblement, les bras en croix, par besoin intérieur. Le curé lui signale que ce n’est point l’usage dans nos contrées ; pour elle, cela signifie que l’on a séparé le corps et l’esprit.

Exigeante envers elle-même, elle exprime son renoncement aux sens, à la chair, pour devenir « esprit ». C’est un revirement puisque plus jeune, elle fut plus passionnée que son époux, au point qu’il se plaignait de n’avoir auprès d’elle la liberté d’esprit que demandait son art. Dans sa quête de perfection monastique, elle souhaite acquérir « la douceur et la patience », mais elle avoue souvent en être incapable.

Dans les années 50-60. Veska connaît une grande connivence spirituelle avec sa fille Lidwine (Lor), devenue adulte. Elle vit à cette époque ce qu’elle nomme « le tourment de la purification ». Pour Veska, la foi est un don, mais aussi une conquête sans relâche, qui implique une fidélité dans l’obéissance et les vertus, dans le sacrifice. Elle désire la souffrance pour expier, par amour de Dieu. Aimer, pour Veska, c’est agir et souffrir. Elle lit de plus en plus les auteurs mystiques et les théologiens : Saint Augustin, Saint Thomas, Saint Grégoire, Guillaume de Saint-Thierry, Guardini. Dans ses carnets, elle retranscrit souvent cette phrase tirée de Ruysbroeck : « Sans les actes de charité, nul ne peut obtenir Dieu, ni conquérir l’Amour, ni garder l’Amour conquis ». Durant les dernières années, Veska se prépare, dans la paix, à la mort.

 

Veska

Sans cesse je me rapproche de toi, sans cesse je me rapproche de Dieu. Je me sens destinée à t’aimer, à te servir, à partager ta vie difficile d’ici bas. (Lettre de Veska à CCO, 1914)

Avec passion je désire ta Volonté. Souffrir dans la joie, pour Toi, Seigneur. Pour la conversion des âmes, vivre d’adoration, me consumer d’amour. Etre à toi, Mon Maître. Etre toute petite, mais être à Toi. Embrasser le sacrifice, ma croix. Le porter amoureusement. Expier, expier. (Carnets intimes de Veska, 1931)

Je t’assure, mon chéri, que la communion substantielle avec le Christ te donnera l’un et l’autre, et je t’assure que l’effort n’est pas si grand que tu crois (...) Ce n’est pas pour moi que tu dois le faire mais pour toi-même, mais ton acte d’humilité rendrait heureux les enfants et moi-même ! Nous nous inclinerons profondément émus devant la grâce divine et devant toi. (Lettre de Veska à CCO, février 1931)

Le Péché. Il m’épouvante. Sa corruption est évidente sur notre esprit et notre corps. Si j’avais compris cela dans ma jeunesse, si j’avais eu ces lumières... Mon effort doit être surtout d’aller le plus possible à la messe, le plus possible communier, et de surveiller mes actes pour agir avec clarté et justice. Dieu, aide-moi, sois mon soutien. Dans la solitude de mon coeur, je sens que tu es mon seul espoir. Que serais-je devenue à présent, sans toi ? (CI de Veska, 10 mai 1932)

A présent que mon être physique ne pourra plus enfanter, délivre-moi, je t’en supplie, de l’attrait physique pour l’homme (...)Une fois que la femme ne peut plus enfanter, elle doit mourir et devenir un être sans sexe, un esprit. Fais-moi esprit, Père très bon. La perfection, ah ! la perfection et non le plaisir (...) Aide-moi ! Que Carl comprenne que nous devons aller tous deux vers une même perfection, devenir des esprits. (CI de Veska, 10 février 1932)

Se délivrer des sens, dompter la matière, ne pas avoir de jouissance en dehors de Dieu. Car la matière est barrière à l’esprit. Me vaincre moi-même, me dominer moi-même. (CI de Veska, 17 juillet 1932)

Aimer, aimer Dieu d’abord, aimer les siens après et tous les autres. (CI de Veska, 1932)

Lentement j’ai défait la ficelle, rêveuse et lorsque le contenu est apparu (...) Oh ! c’est St-Jean de la Croix ! (...) C’est en effet d’une limpidité, son regard à l’intérieur de l’âme pour expliquer l’ascension de la vie spirituelle. (CI de Veska, 3 décembre 1953)

Nous sommes des émetteurs d’ondes que nous accumulons en puisant dans le Très-Haut et par nos réalisations spirituelles. (Lettre de Veska à Lidwine, 21 janvier 1954)

Captez-moi, ô mon Dieu. Prenez-moi toute entière.

Dans l’église de Ribeauvillé j’ai ressenti cette chose grandiose : la Communion des saints. Cette union de tous en Dieu... J’ai été prise comme par une avalanche. Et disloquée. (CI de Veska, 24 septembre 1955)

Didy me suggère d’écrire ma vie – et pourquoi pas – et je l’intitulerai les tourments de la purification (CI de Veska, 19 décembre 1957)

 

Charles-Clos

J’ai renoué avec Dieu.

L’attirance de la chair est pleine de terreur, de cynisme et de hideur mises à nu pour un coeur de mystique. (Carnets intimes de C.C.Olsommer, 8 février 1912)

Notre sentiment du divin diffère. Elle ŠVeska‹ m’a lâché l’épithète « d’étroit ». Il semble qu’elle ne voie le divin que sous une forme purement abstraite et romanesque (CI de C.C.Olsommer, 13 février 1912)

Cette nuit, j’ai senti son intense puissance nerveuse, son énergie sensuelle, son besoin d’éprouver les choses à fond et de s’épuiser à les épuiser (...) Puisse Dieu vouloir qu’à mon contact, Veska s’équilibre. (CI de C.C.Olsommer, février 1912)

O ! Seigneur Dieu (...), descendez aux heures où la chair au regard de serpent nous tente contre nous, retenez le couple tremblant sur la pente qui trempe son pied fatal dans l’étang de la Mort. (CI de C.C.Olsommer, 12 mai 1912)

Je me suis complu deux nuits de suite dans le voluptueux rapprochement de l’homme et de la femme avec Veska, mon épouse. Et, si ce matin, mon corps éprouve un bien-être profond, mon âme ressent une mélancolie encore plus profonde, Ma chair est quiète. Mon coeur est sombre. (CI de C.C.Olsommer, 15 février 1914)

Malgré l’intempérie, Veska (...) s’en va tôt à la messe. Elle en revient, le visage en joie, d’avoir communié. (CI de C.C.Olsommer, 15 août 1920)

Ai promis à Veska de devenir catholique à Noël de l’an 1923, si elle arrive à être bonne avec mes parents (...) Le désir qu’a Veska, de concéder au mieux vis-à-vis de mes parents, m’a infiniment réjoui et rapproché d’elle. Il lui fallait la perspective d’une grosse récompense, comme à un enfant. En l’espèce : ma conversion à la Foi catholique (si l’on peut parler de conversion !) (CI de C.C.Olsommer, 12 octobre 1922)

J’ai 43 ans.

La vie m’a appris ceci : c’est que je ne suis rien par moi-même et que je suis tout par Dieu.

Quand j’invoque Dieu ma puissance croit. Quand j’oublie Dieu ma puissance décline...

Ah ! je comprends que Dieu est tout et que nous ne sommes rien ! Je ne suis vibrant et créateur que quand je me « sens » l’instrument de l’Etre Suprême. (CI de C.C.Olsommer, 6 janvier 1927)

A propos de la raison profonde de notre union, je dois te dire quelque chose, Veska, à quoi tu n’as peut-être pas pensé : c’est que l’essence de cette raison est l’amour du merveilleux. Peut-être que tous les mystiques l’ont. (CI de C.C.Olsommer, juillet 1933)

A 8 h. moins quart, rdv au couvent des Capucins à Sion. Manqué mon express de 7h20, ayant pris une portion de tripes au Valeria (...) Pris le train de 8h10. On me baptise catholique dans la chapelle des Capucins à Sion. (CI de C.C.Olsommer, 21 septembre 1935)

La prière est un départ et suppose un point d’arrivée. Les mains suppliantes, un oeil invisible qui les voit, un coeur dans lequel s’introduisent les sentiments que les lèvres humaines expriment. Et cela est. Celui qui prie l’expérimente. Sa certitude est d’ordre absolu, est d’ordre vécu. (18 juin 1940)

Chose à dire à Veska. Pourquoi me mettrais-je à pratiquer la discipline d’un catholique, particulièrement la confession, la communion ? (CI de C.C.Olsommer, 18 mai 1957)

 

Veska et Charles-Clos : la confrontation de deux absolus

 

Veska et Charles-Clos sont deux êtres d’exception qui se reconnaissent en quête de l’absolu, mais dont l’essence est différente pour chacun. Pour Veska, ce sera Dieu, la révélation du Dieu Sauveur, avec des moyens de sanctification signifiés : les sacrements. Pour Charles-Clos, ce sera l’oeuvre à faire, son art lié à une idée de perfection.

A partir des années 30, le couple creuse cette divergence. Charles-Clos Olsommer pense que son épouse accorde trop d’importance au « décor » de la religion catholique, à savoir le culte, la liturgie, les sacrements, dont il ne voit que la valeur esthétique et non, comme elle, la nécessité. Elle, en revanche, a le sentiment que sa soif inextinguible de Dieu ne peut s’étancher que dans l’Eglise. Charles-Clos, lui, ne vit pas mystiquement la doctrine catholique, mais il l’admire comme facteur d’ordre, de morale, de cohésion familiale et sociale, et surtout comme source inépuisable du « merveilleux ».

Pour lui, seuls importent l’amour humain et son art. Alors que pour Veska, l’important n’est pas de lui donner son amour humain, mais l’amour de Dieu, qui seul peut lui donner la paix, pense-t-elle.

Veska veut faire partager à son mari sa propre expérience de Dieu, afin que son époux soit non seulement « le peintre de la prière », mais qu’il prie avec l’Eglise. Avec une tyrannique sollicitude, elle l’y attire, presque malgré lui, et il se convertit au catholicisme en 1935. Et, bien qu’il fréquente l’église, la messe, les sacrements, il n’est et ne sera jamais le mystique qu’elle voudrait qu’il soit. C’est pour elle un constat d’échec, car elle estime qu’elle s’est sacrifiée pour l’âme de son mari, mais cette dernière lui échappe.

En effet, pour le peintre, l’unique absolu est celui que l’art lui propose car sa vocation est impérieuse. Dans sa quête d’un idéal artistique, l’artiste fait preuve d’un égoïsme sacré à l’encontre de Veska. Elle nourrit d’ailleurs le sentiment que son époux ne l’a envisagée que comme nécessaire à l’accomplissement de sa vocation artistique. Ils se ferment l’un à l’autre, car il la veut toute à lui pour lui et son art, alors qu’elle le veut tout à elle pour Dieu. Pour Charles-Clos, c’est la religion qui lui ravit sa femme, alors que pour Veska, c’est l’art érigé en absolu qui lui prend son époux.

 

Veska

Je me suis offerte à Dieu de souffrir pour toi. Ce don, je l’ai fait, et c’était mon devoir de le faire pour mon mari, et à présent qu’il est fait, je n’ai pas peur ni de la mort ni de la souffrance. Je te dis cela pour que tu t’expliques un peu mon attitude impossible en face de la vie – et le but de ma seconde moitié de vie serait surtout, consciemment, d’orienter les âmes vers Dieu et de mourir à moi-même. (Lettre de Veska à CCO, juin 1930)

Ce qu’il m’a fallu de marches, de peine, de désillusion pour arriver un peu plus haut ! (...) Tant de marches et je suis presque au même point d’où je suis partie, seule... Oh Carl ! Comme j’aurais désiré, comme je te suppliais de marcher avec moi ! Continuons seule dans la solitude de l’esprit. (Carnets intimes de Veska, 28 janvier 1931)

Il faut que j’insiste auprès de Carl pour qu’il devienne catholique. Il me semble que l’heure est arrivée. C’est cela seul qui peut lui redonner de la force et établir la quiétude céleste de son coeur abattu. (CI de Veska, 2 février 1931)

Cela me fait de la peine de le voir souffrir ainsi. Il me démolit par son égoïsme et ses décharges .

J’aimerais tant l’aimer comme avant, mais ces années de torture (...) Il me semble que je ne suis plus moi, que je rêve, que je n’existe pas. En tuant l’affection que j’avais pour lui, il m’a tuée moi-même. (CI de Veska, mars 1931)

Il n’a pas la paix. Seigneur, donne-lui la paix ! (...) Donne-moi l’âme de Carl ! Il est malheureux, aie pitié, aie pitié. (CI de Veska, 1931)

Nuit, 11 heures. Je comprends seulement à présent que ce que je recherchais avec angoisse en Carl, c’est son âme. C’est la sécurité, l’unité, l’édifice où je pourrais m’appuyer, habiter. Ô détresse, ô souffrance atroce qui m’a détruite pendant des années, d’être sur du sable mouvant...et c’est alors, il y a sept ans que dans ma détresse j’ai cherché à échapper à la vie par l’issue de la mort et Carl a été épouvanté de me voir pâlir et m’en aller. Il chercha à m’arrêter et je suis restée et j’ai continué sept ans de mort plutôt que de vie. (CI de Veska, 16 février 1932)

Carl est de nouveau déprimé et me fait de la peine, d’autant plus que je ne peux rien faire. « Je suis en deuil », me dit-il, « comme si j’avais perdu quelqu’un (...) Je ne peux plus parler car tu ne comprends pas cette langue ». Grand Dieu... Que faire ? Il me fatigue, fatigue, toujours déprimé, toujours me demandant ce que je ne peux pas faire ! Pitié pour nous tous ! ( CI de Veska, 14 mars 1932)

Je suis lasse, désespérée, épuisée, à bout de forces. Je me sens comme une prisonnière dans cette Suisse. Oh, comme j’aimerais m’en aller chez nous... Je vais à la messe à Muraz. (CI de Veska, 3 avril 1932)

Pauvre lui ŠCCO‹, pauvre lui, comme il doit souffrir ! Et je ne peux le lui dire, il croit que je le lui reproche... Tout ce que je sais, c’est que je souffre profondément pour lui. J’aimerais tant qu’il arrive à le comprendre. (CI de Veska, au sujet des séquelles de l’accident de moto de CCO, 10 mai 1932)

Je voudrais quelqu’un qui m’aime, j’ai un tel besoin d’amour ! En qui je puisse avoir confiance. Carl me le demande, mais une telle insécurité durant ces vingt-cinq ans ! Un tel égoïsme ! Si je tourne mes yeux en arrière, je ne vois que cela : images d’abandon et de dureté. Je ne me fais plus d’illusion sur l’homme. Son égoïsme est effarant. Toi, mon Dieu, tu es ma seule sécurité, mon unique espoir. Tu vis en moi, tu es mon mien. (CI de Veska, 15 mai 1932)

Ce qui m’est tragiquement pénible, c’est de sentir que nous ne nous sentons pas unis quant à nos croyances et accomplissement religieux, et là je me sens seule...et je souffre toujours...toujours à ton égard, pour toi... C’est une autre solitude que la tienne. Mais la tienne est pour ainsi dire dans l’ordre des choses... Accepte cette solitude m’ayant à ton côté, car si je devais m’en aller... alors seulement tu comprendrais que tu n’étais pas seul. (Lettre de Veska à CCO, 7 août 1934)

J’ai vu un film qui m’a beaucoup impressionnée : La Grande Muraille. Je me sens tellement vivre, moi, avec ces peuples, que je me sens comme une âme égarée ici. J’ai la nostalgie de ce quelque chose qui m’a toujours manqué ici et que je recherche dans la solitude de l’infini. Avec ton père, hélas, c’est... la grande muraille. Nous sentons, nous vivons autrement. (Lettre de Veska à Lidwine, 1935)

Ce qui m’a attirée, c’est la compassion,

ce qui m’a arrêtée, c’est l’admiration.

Mais il faut que je m’en aille.

Etre seule, suivre mon chemin. (CI de Veska, 1954)

 

Charles-Clos

Je sens que, plus j’avance, plus mon but se concrétise et qu’en somme, la raison même de ma vie, c’est mon art ; c’est d’atteindre à la plus belle, à la plus complète expression.( Carnets intimes de C.C.Olsommer, 28 janvier 1919)

Je comprends de plus en plus que l’artiste doit produire de belles oeuvres. C’est sa mission sur la terre. Le reste doit lui être subordonné. Ses tracas de famille, ses soucis d’argent ne doivent pas atteindre le centre de son âme, sanctuaire de son inspiration (...) Et cela est beaucoup plus facile à dire qu’à réaliser ! C’est là cependant une des formes de la, de ma vérité. (CI de C.C.Olsommer, 12 mars 1926)

Blême et ridé, mon visage reflète le deuil de mon coeur. Celle que j’aime ne comprend pas l’abîme d’amour qui est en moi. Elle me crucifie en ne voulant pas vivre avec la femme dans le ventre de laquelle mon être s’est formé. (CI de C.C.Olsommer, n.d.)

Veska m’a lu deux ou trois de ses poèmes adressés au Christ. Elle l’aime comme si c’était un homme : son amant.

Pour qu’un homme puisse dire à la femme qu’il aime, part ou reste, vis ta vie ou la nôtre, il faut une résignation qui en dit long sur les souffrance antérieures. Je suis un solitaire qui t’aime. Dans ma solitude, j’ai divinisé ton amour. Mon âme, avec le temps, transforme la réalité en pure beauté. Tout notre passé dont tu gardes triste mémoire, pour moi n’est plus que beau.

Tous les accrocs ont disparu, noyés dans un ensemble harmonieux. L’acte hostile que tu as commis en te détachant consciemment de moi, disant : je me détache de lui, il en souffre, a meurtri ma sensibilité. J’ai beaucoup de peine à l’accepter. Car, en somme, si tu l’avais pu, tu ne m’aimerais plus et ma vie serait brisée. Comment puis-je oublier cela ? (CI de C.C.Olsommer, 25 août 1929)

De Veska : sorte de don total de soi à Dieu. Dessin aquarellé. (CI de C.C.Olsommer, 30 octobre 1929)

Discussion pénible au sujet de ma conversion que Veska voudrait forcer, « sinon nous nous détacherons de toi ». (CI de C.C.Olsommer, 3 décembre 1929)

A deux ou trois reprises, j’ai lu sur ton visage, comme en un livre ouvert à sa page la plus intéressante, un sentiment de mort à mon égard (...) Ce sentiment est entièrement contredit par le mien. Car je « sens » que je t’aime profondément. Il n’y a plus rien entre nous. L’expression que j’ai surprise, surpris, sur ton visage, me l’a dit. (CI de C.C.Olsommer, 11 décembre 1929)

Depuis mon accident qui m’a si profondément atteint, je vis tout seul une tristesse intime épouvantable. Je me suis fatalement fermé devant ta dureté. Et les pleurs que tu ne vois ni ne verras jamais, souvent tombent silencieux, de mes yeux noyés dans le deuil de mon Rêve.

Je sens, sans pouvoir l’exprimer, toutes les nuances de ta manière à mon égard. Quand tu manifestes de la bonté, je le sens et cela me fait du bien. Mais cela a lieu trop rarement. Voilà ce que je sens : ton affection ne me suffit pas dans le triste état où je me trouve. Simplement, il faut que tu saches ceci : je te suis toujours profondément attaché. L’heure n’est plus aux fioritures. Elle est aux vérités. (CI de C.C.Olsommer, 21 février 1932)

Je suis un noctambule. J’aime infiniment vivre en dehors des normes de temps – oublier les contingences – vivre, en somme, dans le Rêve, comme si j’étais seul sur la terre. (CI de C.C.Olsommer, 21 avril 1936)

L’essentiel de ma vie, aussi bien pour ma famille que pour moi, c’est mon développement. Si ça est, tout est. Si ça n’est pas, rien n’est. (CI de C.C.Olsommer, 22 janvier 1937)

Comme Chopin, je suis un solitaire né, mais avec un grand besoin d’être aimé. (CI de C.C.Olsommer, 17 septembre 1937)

Le solitaire du logement tout en haut plaint l’absence de l’astrologue de la maison d’en bas...

Mais il sait qu’un jour lui reviendra la dame aux cheveux noirs de corbeau et dont le doigt pensif feuillette le livre du destin...

Le petit rossignol alors dans la nuit sombre égrenera le chapelet musical du chant du gai revoir... Amen. (CI de C.C.Olsommer, vers 1939)

Visite de ce peintre belge et de sa femme. Comme Veska, il voit, pense et s’exprime noir et blanc. (CI de C.C.Olsommer, 14 juillet 1953)

Seul, depuis le départ de ces dames, je le suis . Ca, c’est la dernière des choses qu’elle puisse imaginer ! C’est curieux, c’est étrange tout de même, que cette triste chose lui soit totalement fermée. L’un l’éprouve douloureusement, l’autre l’ignore totalement. Il y a là un mur entre ces deux mentaux. Et tout de même, la chose s’est produite avec les années, très lentement, par degrés, par un travail intéressant les deux. L’un l’a vécu dans une lente et sûre douleur, l’autre en est totalement « ignorant », étranger. Et c’est pourquoi, ces belles dernières années de notre vieillesse auxquelles j’ai toujours longuement rêvé, s’en sont allées en fumée pour autant qu’elles l’aient pu, puisqu’elles ne sont jamais nées !!?!!! Qu’elles ne sont rien que d’un côté de ce certain mur dont je parlais. (CI de C.C.Olsommer, 3 décembre 1958)

Je me sens en passe de perdre celle dont je puis vraiment dire qu’elle fut ma moitié ! Et ce n’est point maigre chose que celle-là quand elle arrive à un vieux. Tenir cet état intérieur triste avec la réplique splendide, qui devant le médiocre masque l’incontestable supériorité. C’est de cette conscience de supériorité de l’homme que la force et la puissance de créer, tire sa sève. (CI de C.C.Olsommer, 3 juin 1961)

Veska mal disposée, trouve toujours que je parle trop. (CI de C.C.Olsommer, 22 février 1962)

Tu me dis qu’à l’église de Villa nous nous sentons très proches l’un de l’autre. Pour moi, sauf le sentiment que je t’ai toujours porté, il n’y aucune différence. Sinon dans la manière dont tu me salues quand tu me constates en avance sur toi de quelques minutes : tu as une expression si belle d’affection religieuse que j’aimerais, celle-là, la fixer dans un dessin qui serait le tout meilleur que j’aie fait. (CI de C.C.Olsommer, 1964)

J’ai eu une vision effrayante cet après-midi, alors qu’assoupi dans mon lit : tout en haut d’une façade d’une grande maison par une fenêtre grande ouverte, une femme agitant à mon intention un grand mouchoir blanc dans un signe d’adieu désespéré. C’était toi, ma vieille bien-aimée, aimée Veska. Mais qu’est-ce que ton geste voulait dire ? Le sens de ton geste poignant jusqu’ici m’échappe, et quel est-il ?

J’éprouve pour toi, exactement le même sentiment que j’éprouvais autrefois, quand je t’ai connue. Sentiment d’amour qui est d’essence infinie, noyé dans l’espace infini, sous l’oeil de Dieu et dépendant de Lui. Comme j’ai pu rester jeune, est-ce possible pour revivre exactement de la même et presque douloureuse façon. Est-ce ou n’est-ce pas là la preuve de la foncière fidélité d’un être pour un autre être sous les étoiles ?!! (CI de C.C.Olsommer, septembre 1964)

Imagines-toi que tu pourrais te tromper : cela jamais. C’est ta force et c’est ta faiblesse (...) Cette pensée que j’ai toujours eue, que je demeurerai toute ma vie avec toi. Que jamais je ne me séparerai de toi. (CI de C.C.Olsommer, 2 mai 1965)

 

Veska modèle et muse

 

« Le visage de Veska était fascinant. Il captivait par la puissance du regard, et pas seulement ; tout son visage, tout son être, ses mouvements, ses gestes, sa voix prenante, son sourire à la fois méditatif et grave exerçaient une séduction irrésistible » écrit son petit-fils. Sa vie durant, C.C.O représente inlassablement Veska, qui à toute heure du jour doit laisser ses enfants et ses tâches ménagères pour venir poser lorsqu’il l’appelle dans son atelier. Il exige, d’une tyrannie amoureuse qu’il trouve naturelle, que sa femme lui soit exclusivement dévouée.

Au fil du temps, Charles-Clos voit progresser la beauté physique de Veska en même temps que sa beauté spirituelle. Le peintre a besoin d’elle charnellement, comme modèle physique, mais surtout spirituellement, comme la personne sans qui il ne peut se réaliser.

D’un point de vue artistique, le sens inné du peintre à exprimer une réalité surnaturelle et la beauté de l’Invisible sous une forme visible, est façonné, discipliné et élevé par la communauté de vie avec son épouse, qui lui apporte la réalité spirituelle de sa vie tendue vers Dieu. Elle écrit d’ailleurs à sa fille Lor: « Ton père me dessine, moi je prie ». Elle prie en posant, elle vit ce qu’elle pose. Charles-Clos Olsommer crée des images de haute spiritualité au travers du vécu mystique de sa femme. D’autre part, de l’orientalisme bulgare que le peintre avait pu étudier sur place lors de ses différents séjours, il conserve, sa vie durant, un témoin en la personne de Veska.

Humainement, elle est une présence intérieure pour l’artiste, mais ambivalente, car l’isolement est une condition nécessaire à l’élaboration de l’art chez Charles-Clos Olsommer. La présence de sa femme lui pèse, mais son absence le déchire. Elle sent d’instinct qu’elle est poids et déchirement, et qu’il a besoin d’elle pour s’accomplir, qu’elle est requise au service de son talent. Elle se consacre donc toute entière à l’oeuvre de son époux, dont elle reconnaît d’emblée la portée, avec un sens du sacrifice inspiré de l’amour humain et de l’amour divin. Elle se sent nécessaire au peintre afin qu’il réalise son idéal, mue par la volonté de se donner toute entière à celui qui en a besoin. Mais le peintre sait-il s’il aime sa femme ou l’oeuvre qu’elle inspire et qui mobilise, à travers son talent, ses puissances affectives ?

 


Veska

Ce qui me touche surtout, c’est que tu sens que je te suis nécessaire. (Lettre de Veska à CCO, Bulgarie, 1914)

La prière, mon bien-aimé, y a-t-il un peintre qui l’ait exprimée ? Oh non ! Tu peindras des prières – à côté de moi fidèle – qui prierai pour toi. Que le Père te donne de la jeunesse pour réaliser mes mains jointes, mes genoux appliqués contre la terre. Et mon coeur uni priera pour toi. Car j’ai appris à prier par amour pour toi. Mon amour m’a appris à prier. Et tant que je vivrai je prierai pour toi. (Lettre de Veska à CCO, 1925)

Où tu seras, Carl je serai, Vesca. (Lettre de Veska à CCO, 1931)

Le but de ma vie est ton art – et tu dois l’exprimer par ton être paisible, saint et sain. (Lettre de Veska à CCO, février 1931)

Carl va mieux. Je réfléchis souvent à cet être si intuitif qui sent, qui reproduit : mes tristesses, mes désespoirs, ma mélancolie, ma nostalgie, mon humilité (qui n’est pas grande), ma foi, mon rêve, mes déceptions, ma vie depuis plus de vingt ans. Carl est si sensible, si doué pour la ligne, si intuitif, qui vit de ma vie, qui s’en nourrit – et qui détruit ma vie en la mangeant. N’est-ce pas un mystère ?

Et pourquoi est-ce que je me rebiffe ? Pourquoi ne me laissé-je pas tranquillement manger pour revivre dans le meilleur de moi-même ? Dire que si j’avais pu me sacrifier totalement, complètement, cela irait, et que je n’en suis pas capable. Je rêve. J’ai besoin de paix, de bonté, de fleurs blanches. J’ai besoin de respirer pour vivre. Dieu, comment ont fait les amoureux du sacrifice ? Je suis misère, misère, misère. (Carnets intimes de Veska, 1931)

Quelle vie douloureuse, oh mon Dieu ! Et cette peinture est le produit de cela, de cette douleur, de cet état désespéré si fréquent. (CI de Veska, 1931)

Le Sacrifice est mon arme

La Perfection mon but

et Jésus mon Amour (CI de Veska, avril 1931)

J’ai posé ce matin et cet après-midi, la tête renversée...Je suis lasse, ma vie se passe à poser. (CI de Veska, Veyras, novembre 1931)

Cela me fatigue, cette contrainte, cette injustice. Je dois aller poser ce matin. Patience ! (n.d.)

Carl m’a dessinée ce matin de face, les mains appuyées. C’est très beau, cela m’a émue jusqu’aux larmes. C’est le signe, pour Carl, qu’il a fait une belle chose, et il est toujours très content après. Cela l’a encouragé. (CI de Veska, 29 février 1932)

Les dessins de Carl. Chacun est un poème qui exprime un sentiment élevé ou le mouvement de l’âme qui tend à Dieu. C’est une description exacte et idéale, c’est un miroir, un reflet de l’âme. (CI de Veska, 7 juin 1932)

Paix agréable, douce, douce. Sérénité. Il fait un dessin doré de moi accroupie. Oh c’est ma vie qu’il chante dans ses multiples expressions. Chaque dessin est un poème. (CI de Veska, 30 juin 1932)

Ma vie est un zéro. Je n’ai rien pu faire, je n’avais pas de quoi. J’étais une aveugle. Je l’ai donnée à un homme qui a pu faire une oeuvre d’art. Cet art sera peut-être connu et apprécié dans un siècle si la terre existe encore et c’est tout. Demain je vais mourir et ce sera tout, comme tout le monde. Et le seul bien qui reste est de souffrir pour être purifiée. (CI de Veska, 20 février 1956)

Ton père me dessine, moi je prie et je prépare mon départ pour l’Eternité, et la rencontre avec le Maître, sa Majesté Dieu. (Lettre de Veska à Lidwine, 25 février 1960)

Je suis une pauvre femme, et celui qui me veut toujours non comme une égale à lui, mais comme ajoutée, comme une demi qu’il ajoute à soi. Née femme, je suis moins que l’homme et je ne serai quelque chose que par l’amour de Dieu. Là je suis l’égale de l’homme. (CI de Veska, 1961)

 

Charles-Clos

Il faut que je manifeste au monde ma Beauté dont Veska est le coffre précieux où elle repose à l’abri des profanes. (Carnets intimes de C.C.Olsommer, 11 février 1912)

Le visage de Veska, à son réveil, est d’un aspect gracieux, cocasse et charmant. Il est un peu luisant. Il semble fait en une matière mince et légère, en osier par exemple. La bouche qui garde toute sa luminosité, a un esprit de fleur, une substance de pétale. Son visage reflète une sensualité florale. On l’accompagnerait volontiers de nénuphars. Je note que les chairs sont brunâtres, pâles, et d’une morbidesse extrême ; semble une peau souple, posée sur une carcasse expressive. (CI de C.C.Olsommer, 12 avril 1912)

C’est le premier jour paisible que je passe depuis que je suis avec Veska.(...) O ! je sens que vais être heureux par son amour, et capable par cela, de m’isoler dans mon Rêve...( CI de C.C.Olsommer, 1er mai 1913)

J’ai le pressentiment, sais-tu, que je vais avoir beaucoup à souffrir pour mon art. On m’abandonnera, mais je persisterai jusqu’au bout et tu m’y aideras par ton amour, par l’absolu sacrifice de tout ton toi-même à mon moi-même. (CI de C.C.Olsommer, 5 mai 1913)

Elle soutient, lorsqu’elle est là, la moitié de mon rêve terrestre et lorsqu’elle est loin j’en supporte tout le fardeau profond (...) Son amour a l’âme de sa race et j’éprouve ce caractère énigmatique des peuples orientaux depuis que mon âme s’est reposée sur la sienne. (5 janvier 1915)

La technique vient toute seule sous l’émotion. Impossibilité de séparer la technique de la chose exprimée. Le tout est fondu dans le mystérieux rouage du cerveau et de la sensibilité. (CI de C.C.Olsommer, 20 septembre 1920)

Journée pénible. Veska ne veut pas poser. C’est une de ses douces vengeances qui me font toujours tant souffrir. (CI de C.C.Olsommer, 16 janvier 1926)

O ! chérie, quel pressentiment j’ai par instant de  mon oeuvre où tu occuperas une si grande place !  Et puisque le Seigneur nous donne l’inestimable privilège de cet oeuvre, inclinons nos fronts devant sa majestueuse miséricorde et sachons nous taire. Goûtons désormais silencieusement ces deux nobles amours, le Sien et le nôtre qui ne font qu’un. UN. (CI de C.C.Olsommer, 16 septembre 1926)

Veska a trouvé ce matin une pose admirable dont je vais faire plusieurs études. (CI de C.C.Olsommer, 25 février 1927)

Lorsque tu parles de finir tes jours en Bulgarie, tu me causes une vraie peine. Car tu doutes de l’affection profonde que j’ai et j’aurai pour toi jusqu’à la fin de ma vie (...) Mon art est vivant. Il fut et restera notre but commun. Tu as largement contribué à mon développement par ton affectueuse compréhension. L’heure de ta récompense sonnera bientôt, je le pressens. (CI de C.C.Olsommer, 5 décembre 1938)

Veska, mon épouse et maîtresse de destin. (CI de C.C.Olsommer, 9 février 1939)

Si, d’une part, dans ma solitude présente, je reprends contact avec ce que je dénommerais mon génie créateur, d’autre part ton absence en rend l’expression difficile. C’est te dire, que tu demeures, que tu le croies ou pas, la condition « sine qua non » de mon oeuvre totale. Lorsque tu es absente, toute ma richesse intérieure rayonne de moi, mais elle prend un caractère essentiellement douloureux. C’est pourquoi il m’est si dur et si fécond de demeurer seul et privé de temps en temps ŠVeska en séjour en Bulgarie‹ (CI de C.C.Olsommer, 21 juillet 1939)

Un des points capitaux est celui du naturel de la pose en même temps que de sa beauté.

Le défaut universel des peintures de figures, c’est qu’elles sont « posées ». On y sent le modèle. C’est fâcheux. C’est détestable. Dans les belles oeuvres du passé, c’est la vie profonde de la personne humaine peinte qui est exprimée : sa pose, son geste est si vrai, qu’on n’y pense point. (CI de C.C.Olsommer, 4 novembre 1945)

Je te devrai par le fait de ton existence, la magnificence de ma vie. Quand je te perdrai, à ta mort, je te devrai le déchirement le plus douloureux que j’aurais jamais imaginé qu’on puisse éprouver. Je n’aurai plus qu’un désir : celui de te retrouver à ma mort. (Paroles de C.C.O rapportées par Veska, 1962)

Si elle se rapproche de moi, elle est prise par l’étreinte de mon art. Elle pose pour une heure harmonieuse, alors que je cherche la ligne qui la figure sur une page. Et ce sont pour tous deux nos seuls divins moments. (CI de C.C.Olsommer, 12 juillet 1963)

 

Veska, mère, maîtresse de maison

et intendante des expositions

 

Veska est la mère des enfants de l’artiste et la gardienne de sa maison. Ses aspirations mystiques ne l’empêchent pas de se consacrer pleinement aux tâches ménagères ainsi qu’à l’éducation des enfants. Avec une extrême attention, elle les initie à la pleine conscience du moment présent, aux cycles de la nature et aux profondeurs spirituelles qu’elle explore elle-même. Elle est si entière dans ses croyances, qu’elle continuera d’exiger de ses enfants devenus adultes les gestes de la foi. Attentive auprès de chacun comme s’il était unique, Veska lit dans leurs traits de caractère une disposition intérieure qu’elle s’applique à aider, diriger ou corriger. Dévouée, on l’aperçoit maintes fois revenant à pied de Sierre avec ses courses et dans les bras, un des enfants en âge de marcher.

Elle se fait la médiatrice des enfants auprès de leur père, dont l’attitude est plus distante, préoccupé qu’il est de l’accomplissement de sa vocation artistique. Le peintre fait preuve d’une affection exigeante envers ses enfants, dont certains doivent souvent poser pour lui.

En dehors de son cercle familial, Veska adopte les relations de son mari, dont elle fait la connaissance lors des expositions ou des ventes. Sa personnalité rayonnante tisse également un réseau de relations plus intimes, parmi lesquelles se trouvent plusieurs prêtres, des amies, dont la plus proche est Marthe Pont-de Preux.

Veska assume aussi le rôle d’intendante des expositions de son époux. En Valais, le marché n’est pas favorable, et en ville, la vente passe par une nécessaire publicité que C.C.O. refuse. L’artiste répugne à s’occuper du devenir de ses oeuvres dès lors qu’elles ont quitté son atelier. C’est donc Veska qui se charge de tout le travail inhérent aux expositions : préparation, transport, installation dans une localité, publicité, gardiennage et accueil des visiteurs. Elle n’y goûte pas plus que lui mais s’y plie par nécessité, en approchant chaque amateur avec chaleur et perspicacité. Lorsque les expositions ont lieu a proximité de Veyras, elle rentre le soir, mais lorsqu’elle doit séjourner loin des siens, cela lui coûte. Elle écrit alors à son mari et à ses enfants afin de rendre compte de la journée écoulée. Parfois, elle l’enjoint de venir la rejoindre car elle a l’ennui. Les ventes sont aussi planifiées par contacts, de proche en proche. Veska fait circuler un porte-feuille d’oeuvres que l’on montre à des amis, qui à leur tour les transmettent à d’autres, et ainsi de suite.

Malgré son dévouement, son mari ne parviendra pas, de son vivant, à une réelle aisance financière. Leur situation précaire ne les empêche toutefois pas d’accorder des délais de payement aux amateurs ou de baisser le prix d’un tableau, afin « d’atteindre une classe qui désire avoir quelque chose et ne peut pas le payer », ainsi que le souhaite l’artiste. Lorsque les ventes ne sont pas suffisantes pour assurer l’entretien de la famille, Veska pratique le troc. Elle échange des tableaux contre des produits de première nécessité : vêtements, nourriture, outils de jardinage ou médicaments.

 

Veska

Je le leur ai cédé  à cent francs, selon ton principe d’atteindre une classe qui désire avoir quelque chose et ne peut pas le payer. (Lettre de Veska à CCO, Vevey, 22 décembre 1928)

On a mis l’annonce. Je vais pendre les tableaux (...) Ecrivez-moi, j’ai l’ennui de Carly. Que Didy surveille qu’il ne prenne pas froid. Ayez du raisin cette semaine. Veillez que Bojen mange bien. (Lettre de la Chaux-de-Fonds de Veska à la famille, 22 octobre 1928)

Exposition terminée. Sept ventes. Claude et Bojen auront un costume, cela arrivera jeudi. A toi une étoffe que tu choisiras, qui s’accorde avec ce que tu as. Merci, Didy*, de bien diriger les choses de la maison. Papa est tout à fait bien et content. A bientôt, la maman vôtre. (Lettre de Veska de la Chaux-de-Fonds à Lidwine, 12 octobre 1929)

Etre bonne et douce envers Carl. Diriger mes enfants, leur dire quand ils ont tort, les approuver quand ils font bien. Faire pour chacun comme s’il était mon enfant unique (Carnets intimes de Veska, 1931)

Je travaille autant que mes forces me le permettent, à coudre, raccommoder, tricoter, à poser presque tous les jours (...) Il pleut, cette pluie mélancolique accompagne mon état d’âme, mon rêve blessé et meurtri. Qu’ai-je fait ? Rien. J’ai été malheureuse, je n’ai pas toujours bien agi. Et je suis paresseuse. Je n’aime pas me lever tôt. J’aime fumer. Oh Dieu, j’aimerais tant être parfaite et je ne suis rien du tout. (CI de Veska, 1932)

A toi je peux tout dire, et ma détresse et ma pitié et mon ardent désir que ton père soit libéré des soucis qui le tourmentent. Comme toujours je suis seule ici à attendre, attendre la miséricorde divine. Ah ! ces expositions où on ne vient pas ! A Soleure, à la Chaux-de-Fonds, à Monthey, au Locle... toujours tenir, attendre... Tu comprends ? Et ce n’est pas vraiment du désespoir, c’est de la détresse cuisante et des larmes, des supplications, que puis-je faire d’autre ? (Lettre de Veska à Lidwine, 28 novembre 1952)

Oh ! ces expositions depuis des années ! Cette fois-ci nous avons été tous deux dans un épuisement mortel . Pas d’enfants pour nous aider. (Lettre de Veska à Lidwine, 28 novembre 1953)

Vous êtes des enfants exceptionnels. Vous avez compris que vos pauvres parents sont devenus des parents pauvres et vous leur venez aide (...) Je suis heureuse de votre générosité et encore plus contente de vous pour vous... Que Dieu vous comble. (Lettre de Veska à Lidiwine, 14 janvier 1954)

 

Charles-Clos

 Senti ce matin fort malaise (nausée). Je fume un tabac trop fort, idiotie ! Moi, un religieux !!!

Veska est montée, m’a donné deux jaunes d’oeufs, de l’ail, du pain et du vin. J’ai absorbé cela et je me sens mieux. Quelle bonne femme j’ai quand même ! (Carnets intimes de C.C.Olsommer, 15 mars 1927)

Veska a vendu les deux petites prières de Daguel, pour le placement desquelles elle était spécialement allée à la Chaux-de-Fonds. Elle reviendra aujourd’hui et j’en suis bien aise. Car cette fonction de mère m’est difficile avec celle de peintre (CI de C.C.Olsommer, 16 avril 1927)

Veska , à Sion, arrange l’exposition, alors que je m’occupe, à Veyras, de la réparation de la canalisation du bisse, traversant le jardin d’en bas. (CI de C.C.Olsommer, 2 mai 1927)

Veska et Didy parties ce matin pour Martigny avec toutes les oeuvrettes. Deux caisses parties, hier soir, par la Poste, port avec mention fragile = 9 frs. Exposition Tea Room de l’Etoile (Casino), Martigny. (CI de C.C.Olsommer, 14 décembre 1934)

Cette exposition à Vevey voulue par Veska, vient se mettre en travers de mon chemin des grandes réalisations. (CI de C.C.Olsommer, 9 novembre 1935)

Départ de Veska et Kokoïl pour Monthey 'Hôtel des Postes, Monthey, du 15 au 22 mai'. (CI de C.C.Olsommer, 13 mai 1937)

J’ai à préparer cette exposition dans mon atelier. Et j’en ferai une aussi dans la maison d’en bas. Veska n’avait pas l’air enchantée de cette solution qui va me permettre de faire d’une pierre deux coups. Pour moi, comme toujours, ces préparations d’expositions m’exténuent. Cela aura été une des plus lourdes croix de ma vie. (CI de C.C.Olsommer, 23 septembre 1938)

Ces préparations d’expositions à Vevey et Berne m’ont éreinté. Et j’ai hâte de me remettre à peindre ; seule activité saine et féconde. Lorsque je suis quelques jours sans travailler, mon mental se défait. (CI de C.C.Olsommer, 3 décembre 1938)

Veska, fatiguée de son travail de vendeuse à l’exposition, est restée alitée tout le jour "Exposition personnelle à Sion, maison Pini, av. de la gare, 60 oeuvres exposées". (CI de C.C.Olsommer, 6 octobre 1940)

Veska est à Bienne pour surveiller mon exposition à l’Hôtel Elite. (CI de C.C.Olsommer, 8 mai 1946)

 

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Textes et recherche: Katia Boz Balmer

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